Dans la seconde moitié du 18ème siècle , dans l’ancienne vallée pittoresque de la rivière Amata, à 8 kilomètres du centre de Cēsis, une société administrative indépendante est constituée; Karlamuiza (Gute Karlsruh). L’histoire du Manoir Karlamuiza est l’histoire des destins de ses habitants à travers 3 siècles: destins confrontés à leurs désirs et souhaits, destins dépendants des intérêts, des pouvoirs politiques et des cataclysmes économiques, mais le plus souvent destins liés à l’interaction de circonstances diverses.  Les activités économiques, politiques, carrières, succès et échecs des différents propriétaires  ont contribué au développement, à l’inactivité ou au déclin du manoir.

De 1747 à 1755, le manoir appartenait à Alexey Bestuzhev-Ryumin (Бестужев-Рюмин, 1693–1766). En 1755, il fut acheté par Johann Gottlieb von Wolff. Le manoir fut nommé Manoir Wolff (Wolfsruh).

Le parc du Manoir

En 1777, le manoir fut acheté par Karl Eberhard von Sievers et le nom fut changé pour Karlamuiza (Manoir Charles, Karlsruh). La famille Sievers ne fit pas uniquement que rénover leur résidence principale de Cēsis; en 1780, ils battirent au manoir  un ensemble de bâtiments de style baroque en fonction de leurs besoins de l’époque. A l’initiative du frère de Karl, Peter Christian von Sievers, un chemin y fut construit, des routes et le parc comme  lieu de détente romantique. Les alentours vallonnées,  avec leurs falaises de sable sur les bords de la rivière , les nombreux bois et forêts et une végétation riche créent un ensemble harmonieux et  expressif qui met en valeur le manoir. Le souhait de l’ancien propriétaire d’allier le côté pratique au plaisir esthétique permet au manoir d’être reconnu comme un ensemble architectural de bon goût trouvant superbement sa place dans le paysage. Les habitants et voyageurs des alentours appréciaient ce lieu de détente. Le parc du manoir fut aménagé à la fin du 18ème siècle comme une représentation des meilleurs styles esthétiques de l’époque. Les splendides alentours, en particulier la très belle rivière Amata devinrent un lieu très prisé par les visiteurs à la fin du 18 ème siècle et au cours du 19ème siècle. L’intérêt pour la région fut si grand, qu’ en 1796, le préfet du département administratif de la région du Vidzeme Wilhem Friedrich Freiherr von Ungern-Sternberg recommanda d’y établir une maison d’hôte confortable pour permettre aux visiteurs d’y passer la nuit et de se restaurer.

L’ancien propriétaire du Manoir, le conseiller judiciaire Karl Eberhard von Sievers envisagea de transformer son manoir en Hotel.

Jacob von Trompowsky

En 1795, une annonce dans le journal Rigashe Anzeigen annonca la vente du manoir par le conseiller judiciaire Karl Eberhard von Sievers à Angela Maria Pierson (née Trompowsky). Le père de la propiétaire Jacob von Trompowsky (1715 - 1802) était  un homme énergique et entreprenant: en 1740, ce chirurgien de profession fut nommé citoyen d’honneur de la ville de Cēsis et quatre ans plus tard il fut élu membre du conseil municipal. En février 1776 , l’actif citoyen von Trompowsky rejoignit une délégation de l’Impératrice de Russie Elisabeth Petrovna et vécu en Russie près d’une année. En 1758 il fut nommé député de la région de Riga, et de 1758 à 1764 vécu de nouveau à St Petersburg. A la même époque, en 1760, Jacob von Trompowsky fut élu Maire de Cēsis et rempli ce rôle pendant vingt ans.

James Pierson of Balmadis

L’époux d’Angela von Trompowsky, James Pierson of Balmadis était associé aux affaires commerciales de son père. C’était un riche marchant anglais, né en 1741 à Montrose en Ecosse d’un père avocat: Robert Pierson of Balmadis (1701 - 1763) et de mère Anna Fraser. Il arriva en région de Vidzeme pour ses affaires: en 1768, James Pierson intégra la confrérie des Têtes Noires. Son fils ainé James Pierson et son plus jeune fils Robert Pierson rejoignirent l’organisation respectivement en 1791 et 1795; il eut cinq autres fils et quatre filles. A Riga, James Pierson développa une société marchande avec la plus prospère des organisations locales de commerce : La compagnie Pierson, Huhm, Trompowsky et Wale. L’entreprise exportait des produits divers (bois, pierre, cire, chanvre et d’autres encore), principalement en Angleterre. Le commerce se développa avec succès et les profits furent investis dans l’immobilier.
Après vingt ans de mariage, une fois ses fils devenus adultes, le couple décida d’investir dans plusieurs propriétés à Cēsis sous le nom de l’épouse. En 1791, ils achetèrent le manoir Leriki, puis quatre ans plus tard, ils décidèrent d’investir dans le manoir voisin  ;Karlamuiza. Etant dans la force de l’âge et ne considérant plus avoir d’enfants, il décida de réorganiser le manoir et d’apporter quelques changements au jardin, qui lui rappelait son enfance en Ecosse. Pierson commença par construire un nouveau manoir dans un style atypique de l’architecture locale. Il ne changea pas uniquement l’ensemble du bâtiment, mais retira la cour de ferme carrée qui en ce temps était démodée. Il fit construire un nouvel enclos et de nouvelles étables bien plus éloignées de la résidence. Il agrandit le parc plus proche du manoir avec de superbes plantes, chemins et avenues. Il engagea des artisans allemands pour l’ouvrage, comme cela est confirmé dans les registres de l’Eglise d’Āraiši.

James Pierson mourut le 16 juillet 1804 au manoir Karlamiza à l’âge de 63 ans.Deux ans plus tard la veuve promis le manoir à un ami de la famille et partenaire commercial, le commerçant confirmé de la Grande Guilde de Riga et Banquier Bernhard Christian Klein. Cependant le 1er novembre 1819, le Manoir fut racheté par le Colonel Russe Conte Joseph von Koskull. Sa fille, unique héritière Elisabeth épousa le conseiller privé de l’époque  le Conte Emanuel von Sievers; Après la mort de Joseph von Koskull en 1863, Le manoir Karlamuiza redevint donc la possession de la famille Sievers.

Jardin fruitier et Ecole de jardinier

Au 19ème siècle, Le bâtiment central du manoir fut agrandit. La première reconstruction fut prise en charge par le Conte Joseph von Koskull quand il s’installa au manoir Karlamuiza. Comme cela est visible sur les plans du manoir de 1834, des étables, écuries, une taverne, une maison de jardinier  et un moulin à eau  y furent installés. Un peu plus loin, une chapelle fut construite pour les propriétaires. Dans la seconde moitié du 19ème siècle, le développement du manoir se poursuivit, ferme, logements pour le personnel ouvrier et domestique fur construit.

En 1876, se trouvaient 21 bâtiments au centre du manoir; en 1908, il y en avait 32. Au milieu du siècle, la ferme et ses dépendances furent agrandies pour y ajouter un moulin à eau nouvellement construit sur la rivière Amata et une scierie. A la fin du siècle, une usine de bardeaux fut ajoutée, alimentée par une turbine. En 1900, le responsable de l’usine était Gottfried Jakobsohn. Un four à briques couvraient les besoins du manoir ainsi que ceux de deux autres proches  , Bellevue (Priede) et Cecīli.
Dans la seconde moitié du 19ème siècle, c’est un un verger et une école d’horticulture qui virent le jour au manoir. Il s’agit de la première école de ce type dans les pays Baltes. Au début du 20ème siècle, c’est devenu un grand centre de jardinage qui fournissait à la toute région des plantes d’ornements, des arbres fruitiers, des arbustes et d’autres. La jardinerie développait également des produits destinés à l’exportation, en particulier une large gamme de produits pour des manoirs en Russie. Sur une surface de 21 hectares, près de 30 000 plants étaient produits chaque année destinés à la vente. La diversité de plantes et arbustes étaient publiés dans un catalogue qui paraissait chaque année au début du mois d’août. La pépinière était l’une des plus importante des pays Baltes et offrait une sélection très large: arbres fruitiers, arbres décoratifs, arbustes, fleurs. Dans le catalogue 1911-1912, plus de 1450 noms sont répertoriés.

Les premières pertes au manoir Karlamuiza datent de la révolution Russe de 1905 lorsque le superbe manoir fut ravagé par un incendie. Grâce à un emprunt, le manoir fut reconstruit après plusieurs années. Mais l’ensemble du manoir souffrit encore plus après la première guerre mondiale. En juin 1919, pendant la guerre d’indépendance de la Lettonie, le manoir fut de nouveau incendié. Cette fois-ci, il ne fut pas reconstruit.

Au cours de la réforme agraire en Lettonie, le territoire fut divisé en plusieurs nouvelles fermes. Chaque ferme était supervisée et surveillée selon ses capacités, les besoins et les choix des différents propriétaires. Le dernier propriétaire du manoir, le Conte Alexander Siervers pu garder une portion significative, huit bâtiments du manoir, le moulin, et 69 hectares de terrain. Il exploita sa ferme de Karlamuiza durant quinze années. Les moyens matériels étaient mince et il n’y avait pas suffisamment d’argent pour entretenir les bâtiments. Les profits les plus importants provenaient des forêts, du verger et de la pépinière. Au milieu des années 1930, le Conte Sievers déménagea en France. Ses héritiers restés en Lettonie vendirent la ferme au gouvernement Letton. Le Ministère de l’agriculture décida de racheter le manoir Karlamuiža . « Karlamuiža est largement réputé en Russie pour son verger et sa pépinière, il possède aujourd’hui  une variété et une quantité d’arbres considérable. Il serait très opportun pour l’état de pouvoir améliorer et revitaliser son développement dans l’exportation d’arbres fruitiers. » Le contrat fut signé le 15 juillet 1937, pour une somme de 68 200 Lats, le manoir Karlamuiža devint la possession du Ministère de l’Agriculture.

Pauls Gailītis, auparavant directeur de la station de recherche Horticole Pūre devint le directeur du centre de jardinerie de Karlamuiža. Les reconstructions débutèrent à l’automne suivant. Il y eu des propositions de plan pour y construire un nouveau bâtiment mais aussi un plan plus grand pour construire un nouveau bâtiment administratif sur les fondations de l’ancien manoir. La plupart des ces plans auraient probablement été réalisés s’il n’y avait pas eu le début de la deuxième guerre mondiale.

Hôtel

Estimant que l’avenir de Karlamuiža repose sur le respect de ses réalisations antérieures, de son excellence et de son esprit d’entrepreneuriat, l’histoire de Karlamuiža se poursuit grâce à la création de l’Hôtel dans les anciens quartiers domestiques du manoir. Il fut construit au temps du propriétaire le Conte Joseph von Koskull au milieu du 19ème siècle et entièrement rénové en 2006.

Auteurs: Pārsla Pētersone, Jānis Stepinš. Avec les données des archives historiques de l’état Letton, le Musée National d’Art Letton, La Bibliothèque Nationale de Lettonie et la bibliothèque académique.

Radio de Lettonie: Perles de Lettonie. Le manoir Karlamuiža - un bâtiment aux accents écossais, la première école horticole. Zane Lāce, 2 octobre 2016, 9h30

Histoire du manoir dans les textes
Taimiņa, Aija. Voyage Pittoresque. Jeb gleznains ceļojums uz Kārļiem pie Amatas ( Ou le voyage pittoresque de Karl au bord de l’Amata). Iespiedgrafika ( impressions graphiques). #3 (271/2004).
Lancmanis, Imants. My Home is my Castle. (Ma maison est mon château) Mistera Pīrsona celtais nams pie Amatas ( La maison de Monsieur Pierson au bord de l’Amatas). Māksla Plus. Kultūras žurnāls. 2007. 4.
Gailītis, Paulis. Kārļu vecais pomoloģiskais dārzs. ( Le vieux jardin horticole de Karl) Dārzkopības un Biškopības Žurnāls, 1940, Nr. 5, 226. lpp.